Rien ne m'y préparait. Je suis tombée des nues lorsque j'ai lu, jusqu'à la dernière ligne, le discours du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, prononcé en avril dernier à Genève lors de la conférence "Durban II" contre le racisme. Les médias occidentaux qui, lorsqu'ils évoquent Ahmadinejad, se consacrent entièrement à sa diabolisation, n'en font décidément qu'à leur tête. Et se payent la notre par la même occasion.
Alors que je n'avais suivi cet épisode que de très loin - quelques infos glanées de-ci de-là -, quelle stupéfaction lorsque je suis tombée par hasard sur ce fameux discours ! Et puis, la stupéfaction a fait place à la colère envers ces professionnels de l'actualité qui ne font pas correctement leur travail et se contentent de se rabâcher les uns les autres sans plus aller à la source. Et ne me répondez pas : "parce qu'ils ne parlent pas le farsi, ni l'anglais"... Que les choses soient claires dès le début : Ahmadinejad est un président autoritaire à la tête d'un gouvernement qui emprisonne les opposants, musèle la presse et accorde peu d'espace aux libertés civiles. Et ses propos négationnistes d'un autre temps font de lui un partenaire diplomatique peu fréquentable et certainement pas un modèle politique. Mais pourquoi faut-il que les médias en rajoutent des tonnes lorsqu'il s'agit de Mahmoud Ahmadinejad - et ce n'est pas nouveau - et déforment sciemment ses propos, surtout lorsqu'ils se rapportent à Israël ? (Non, je n'insinue pas qu'un lobby juif ou sioniste se cache derrière cette mascarade pour la bonne raison que je n'y crois pas.) Pourquoi ont-ils tronqué son discours, et l'ont-ils rapporté de manière biaisée ?
Les journalistes ont-ils vraiment lu ou entendu cette allocution ? (Si la réponse est oui, le cas est grave !) Pourquoi affirmer que le président iranien s'est adonné à des propos antisémites alors qu'il a, en fait, fustigé un régime qu'il estime ne pas être égalitaire envers les citoyens arabes et israéliens ? Et si il estime que cette différence de traitement (Palestinien de Gaza maintenus dans la pauvreté par un blocus économique, construction d'un mur de séparation entre villages arabes et israéliens, entre autres) s'appelle racisme, il n'est pas le seul à le penser. Soit dit en passant, la FIDH (Fédération Internationale des Ligues des droits de l'Homme) a rendu un rapport en juillet 2001 accusant l'Etat hébreu de racisme envers la population arabe d'Israël. Pas une seule fois je n'ai lu dans ce discours un appel à la haine contre les juifs. Oui, Ahmadinejad a de la haine envers l'État d'Israël et ses représentants, qu'il désigne comme "sionistes" (Le fait d'utiliser les mots sioniste ou sionisme fait-il automatiquement de celui qui l'emploie un antisémite ?). Selon lui, les dirigeants israéliens mènent ouvertement une politique raciste, mais participent aussi à un génocide de la population palestinienne. C'est son point de vue, sans doute excessif, mais personne ne peut nier le massacre ni les mauvais traitement subis par les civils palestiniens, l'ONU et de nombreuses ONG ayant déjà rendu de nombreux rapports accablants sur le sujet. D'ailleurs, de nombreux pays du monde réprouvent cette politique mais seuls queques uns ont osé la condamner.
Le plus troublant, en fin de compte, c'est qu' Ahmadinejad ne dit pas grand chose de plus, ni de différent dans ce discours, de ce qui se lit habituellement dans les journaux européens ou américains. Sauf qu'il y vont avec des pincettes. Souvenez-vous, par exemple, du traitement de l'info par les médias internationaux de l'opération militaire menée par Israël cet été dans la bande de Gaza. Très peu de journaux soutenaient cette action militaire qu'ils jugeaient de concert disproportionnée, inefficace et meurtrière. Alors, quel est le but de cette bourde médiatique qui vise à rendre plus minable et terriblement dangereux le président iranien ? N'est-il pas plus dangereux de mettre dans sa bouche des mots ou des phrases mal traduites, mal interprétées ou carrement fausses ?
Même si ce discours est très long, il vaut la peine d'être lu, dans son intégralité. Jugez en par vous même. Le voici :
